Sur quelques absurdités quotidiennes dans les sciences sociales

11. Le « macro » et le « micro » « Le “micro” permet d’étudier le “macro” », écrit Yves Winkin à la page 123 d’un livre par ailleurs essentiel, Anthropolo...

11. Le « macro » et le « micro »

« Le “micro” permet d’étudier le “macro” », écrit Yves Winkin à la page 123 d’un livre par ailleurs essentiel, Anthropologie de la communication (Seuil, coll. « Points Essais », 2001). Il ne veut pas voir qu’entre eux il n’y a pas seulement une différence d’échelle, mais surtout que le premier est observé alors que le second est conclu « à partir de statistiques » pour reprendre les termes de Michel de Certeau (L’Invention du quotidien, 10/18, 1980), ce qui exclut toute continuité entre eux. Naguère, même l’économie politique parlait de « no bridge », même s’il me semble qu’elle l’ait oublié.

Theodor W. Adorno, dans Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée (Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2005),et plus encore la postface de Miguel Abensour nous donnent pourtant des raisons supplémentaires de privilégier le « micro », car il constitue l’espace de résistance à la domination et le lieu d’expression de la singularité. Que ce soit pour la qualité des informations (sources de première main) ou pour des raisons politiques, le petit constitue le lieu privilégié des recherches de qualité. Ce ne sont ni la microhistoria italienne ni le vieil Erich Auerbach qui le démentiront (Mimesis, Gallimard, coll. « Tel », 2000).

Pourtant, nous voulons disposer de l’image d’une période, d’un pays ou d’une société, d’un large domaine. Pour cela, nous avons évidemment le droit de l’imaginer à partir de quelques cas établis, mais il ne s’agit alors que d’exercer la liberté du lecteur, qui échappe aux exigences de la preuve auxquelles doit (ou devrait) se soumettre tout chercheur.

Bernard Traimond

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