Sur quelques absurdités quotidiennes dans les sciences sociales

9. L’objectivation Comment passer de multiples constatations chaque fois singulières – ne serait-ce que par leur inéluctable inscription dans le temps – à des générali...

9. L’objectivation

Comment passer de multiples constatations chaque fois singulières – ne serait-ce que par leur inéluctable inscription dans le temps – à des généralisations, à des lois ? Le processus, toujours identique, consiste à faire rentrer la diversité et la richesse des enquêtes dans un petit nombre de catégories, parfois même mesurables. Le tour est joué. Nous aurons un état des lieux facile à verbaliser puisqu’il a décidé de n’utiliser qu’un faible nombre de variables, éventuellement chiffrées. Ce procédé peut se parer du respect d’une méthodologie posée a priori qui validerait la véracité des résultats. Il suffit de lui imprimer le label de « scientifique », comme l’avaient fait en leur temps Durkheim et, plus tard, plusieurs « marxismes ».

Le plus surprenant, cependant, reste le succès de ces rudimentaires procédés. Ils ont été démontés et dénoncés depuis longtemps – relisons l’Esquisse d’une théorie des émotions de Jean-Paul Sartre (Hermann, [1938], 1995) –, tout en restant aussi vivaces, ne serait-ce que dans l’enseignement des sciences sociales de ce pays. L’« objectivation » reste toujours recherchée : paresse intellectuelle, bêtise ou conformisme ? Chacun a le choix de la cause.

Bernard Traimond

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