Sur quelques absurdités quotidiennes dans les sciences sociales

4. Le regard extérieur (suite)  En France, habituellement, l’expression « regard extérieur » veut présenter la démarche de Lévi-Strauss, qui en 1983 intitulait un de s...

4. Le regard extérieur (suite) 

En France, habituellement, l’expression « regard extérieur » veut présenter la démarche de Lévi-Strauss, qui en 1983 intitulait un de ses livres Le Regard éloigné. C’était déjà en 1960 un des objets de la polémique avec Sartre, qui lui reprochait de regarder les êtres humains comme « des fourmis » (Jean-Paul Sartre, Critique de la raison dialectique, Gallimard, 1960).

En anthropologie, le débat porte en définitive sur les sources, les paroles des indigènes – personnes sur lesquelles s’effectue l’enquête – ou, au contraire, la reprise de nos prédécesseurs ou de nos collègues. Cette usurpation du discours naturel, celui des praticiens, s’effectue, comme souvent, par un mot-écran, l’objectivation. Il autorise l’imposition de toute catégorie au nom de la « science » et surtout de la décontextualisation des informations afin de les manipuler comme des objets, péché d’« hypostasie » a-t-on dit, prendre les mots pour des choses.

Ce qui est en cause, en l’affaire, mais elle a été résolue depuis longtemps par – entre autres – le philosophe d’Harvard, Hilary Putnam : peut-il y avoir un langage unique, un « point de vue divin », pour toutes les situations ? Il a répondu non car, depuis l’hypothèse de Copenhague comme il l’appelle, la théorie des quanta a montré que chaque observation modifie l’objet observé. La volonté de présenter le monde par un seul langage a vécu, et le point de vue « divin », unique et omniscient, ne peut plus être accepté. Nous ne disposons plus que de témoignages locaux dont il reste à apprécier pour chacun la véracité et qu’il faut tenter d’articuler les uns aux autres.

À suivre…

Bernard Traimond

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