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3. Le regard extérieur 

Je suis tombé sur un article de Bourdieu sur Sartre, écrit dans les semaines qui ont suivi la mort de ce dernier en 1980 (« L’invention de l’intellectuel total »,Libération,31 mars 1983, initialement paru en anglais dansThe London Review of Books,20 novembre 1980). J’ai pu ainsi comparer l’étude d’auteurs (Baudelaire, Mallarmé, Genet ou Flaubert) par Sartre et celle de Sartre par Bourdieu. Ce dernier s’intéresse aux circonstances qui ont autorisé le premier à devenir Sartre, pour conclure que celles-ci ayant changé, il n’y aura plus d’« intellectuel total ». En revanche, Sartre étudie chez chaque écrivain « le choix de lui-même qu’il a fait (être ceci, ne pas être cela) comme le fait tout homme originellement et d’instant en instant, au pied du mur historiquement défini de sa “situation” » (Michel Leiris, préface auBaudelaire [1947],Gallimard, coll. « Folio Essais », 1988). Les circonstances sont-elles donc impératives (Bourdieu) ou surmontables (Sartre) ? Surtout, Sartre part dupoint de vuede l’individu étudié, alors que Bourdieu examine le cadre dans lequel il intervient : regard intérieur ou extérieur ? Enfin, j’ai le fort sentiment que, Sartre mort, Bourdieu n’a eu de cesse de le remplacer, avec un succès incontestable et une habileté certaine, en particulier en séparant avec le plus grand soin le travail scientifique de l’action politique.

Il a donc su faire les choix pertinents, car il n’était pas le prisonnier de contraintes. « La sociologie de Durkheim est morte », écrivait Sartre en 1943 (Situations I,Gallimard, 2010).

À suivre…

Bernard Traimond

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