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Sur quelques absurdités quotidiennes dans les sciences sociales

1. L’absence du temps Une insupportable contrainte pèse sur nous, à tout moment : l’irréversibilité du temps. Manquer un rendez-vous nous oblige à en organiser un second sans ...

1. L’absence du temps

Une insupportable contrainte pèse sur nous, à tout moment : l’irréversibilité du temps. Manquer un rendez-vous nous oblige à en organiser un second sans aucune autre solution possible. Pourtant, les sciences sociales qui se disent réalistes ont imaginé quelques moyens d’oublier cette réalité en s’installant trop souvent dans le « règne fascinant de l’absence de temps » (Maurice Blanchot, L’Espace littéraire, Gallimard, 1955). Pour cela, elles utilisent plusieurs procédés si habituels, si banals, qu’ils passent inaperçus, au point d’organiser des disciplines entières malgré leur évidente absurdité.

Le plus habituel consiste à rechercher (ou à imaginer), dans le chaos des changements, des permanences, des invariants. Ceux-ci sont souvent appelés « structures ». Immuables, ils échappent à l’irréversibilité, puisque le temps n’a pas d’effet sur elles. Voilà un premier tour joué !

Un autre consiste à établir une homologie avec l’espace. Si le second est réversible, le premier le devient par analogie. Le toujours invoqué espace-temps, incarné par les coordonnées cartésiennes, sur lesquelles il faudra revenir, réalise ce second tour. Si le temps fonctionne comme l’espace, l’irréversibilité s’oublie.

Un troisième moyen, plus subtil, consiste à s’installer dans l’« éléatisme », doctrine antique qui niait la présence du temps. C’est ainsi qu’Henri Lefebvre appelait le structuralisme (cf. Au-delà du structuralisme, Anthropos, 1971).

Il serait possible de présenter moins grossièrement les procédés utilisés pour occulter l’irréversibilité du temps, mais il s’agit surtout ici de faire en sorte de ne jamais l’oublier.

Bernard Traimond

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