Philip K. Dick (1928–1982) : le prophète qui se fit passer pour un romancier

Article publié dans le n°1240 (23 nov. 2021) de Quinzaines

2022 sera une année « dickienne ». On célébrera Philip K. Dick, l’un des auteurs de science-fiction les plus influents de la littérature mondiale, à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition. L’intégralité de ses nouvelles a été publiée l’année dernière chez Gallimard.
2022 sera une année « dickienne ». On célébrera Philip K. Dick, l’un des auteurs de science-fiction les plus influents de la littérature mondiale, à l’occasion de l’anniversaire de sa disparition. L’intégralité de ses nouvelles a été publiée l’année dernière chez Gallimard.

La conférence de Metz

Lorsqu’ils assistèrent le 24 septembre 1977 à une conférence intitulée « Si vous jugez ce monde mauvais, vous devriez voir certains des autres », les auditeurs réunis dans une salle comble de l’hôtel de ville de Metz imaginaient entendre un auteur de science-fiction évoquer ses livres. Au lieu de cela, ils furent confrontés à un gourou leur expliquant ce que Jésus de Nazareth entendait dire quand il avait affirmé : « Mon royaume nest pas de ce monde ». Il existe un monde parallèle au nôtre où nous pouvons rejoindre Dieu par un simple glissement latéral, à condition bien sûr que nous en exprimions le désir, et que Dieu réponde à notre souhait par un geste charitable.

En ce temps-là, il n’y avait que les initiés pour connaître Philip Kindred Dick, aujourd’hui peut-être le plus fameux des auteurs de science-fiction.

Dick au cinéma

Dick ne connaîtra la gloire auprès des jeunes de 7 à 77 ans qu’à titre posthume, grâce à l’adaptation au cinéma de ses nouvelles et de ses romans, souvent par les plus réputés des metteurs en scène : Blade Runner[1] de Ridley Scott sorti peu de temps après la mort de Dick en 1982, puis Total Recall de Paul Verhoeven en 1990, Minority Report de Steve Spielberg en 2002, A Scanner Darkly de Richard Linklater en 2006, et d’autres encore.

Dick romancier de facture classique

Le statut d’auteur de science-fiction n’était pas véritablement au goût de Philip K. Dick : il lui était douloureux que les manuscrits de ses romans de facture classique soient rejetés par les maisons d’édition. Il consacrait les périodes de stabilité relative de sa vie, le plus souvent les premières années de ses mariages successifs – il y en eut cinq – à la rédaction de fictions dont une seule fut publiée de son vivant : The Confessions of a Crap Artist, rédigé en 1959, et finalement publié en 1975, porté à l’écran par Jérôme Boivin en 1992, sous le titre de Confessions d’un barjo.

Le romancier est un possédé

Dans sa conférence de Metz en 1977, Philip K. Dick déclara entre autres ceci : « Une fois que l’idée a émergé, ou est apparue, ou est née - quelle que soit la manière dont de nouvelles idées viennent à exister - le romancier se dit : « Mais oui, comment ne me suis-je pas rendu compte de cela il y a bien des années ? » Vous aurez noté l’expression « se rendre compte ». C’est le concept-clé. L’auteur est tombé sur quelque chose de neuf qui, tout ce temps, était déjà là quelque part. En vérité, l’idée a simplement fait surface. C’était, de toute éternité. Il ne l’a pas inventée, ni même découverte ; dans un sens très réel, c’est elle qui l’a trouvé lui […] il ne l’a pas inventée, tout au contraire : cela l’a inventé lui. C’est comme si l’idée l’avait créé en vue d’atteindre ses propres objectifs ». Et il précise quelques minutes plus tard : « Il arrive que lauteur de fiction écrive davantage que ce quil sait consciemment ».

Nombreux ont été les auteurs avant Dick pour exprimer ce sentiment de l’écrivain agi par une puissance externe ayant pris possession de lui et l’ayant utilisé comme un truchement, comme un simple instrument. Ainsi, l’un de mes amis avait publié un livre devenu le point focal d’une controverse agitant l’opinion. Pour me remercier de l’avoir appelé « au bon moment », m’avait-il dit : celui où son découragement était à son comble, il m’avait invité à dîner et c’est durant ce repas qu’il m’avait confié : « Ce livre, tu sais, ce n’est pas moi qui l’ai écrit : c’est mon lignage qui m’a tenu la main et a guidé ma plume ». Je comprenais ce qu’il me disait, comme je comprends ce que Dick voulait dire quand il affirmait que c’était « comme si lidée lavait créé en vue d’atteindre ses propres objectifs ».

À la question de savoir pourquoi il écrit, une explication surprenante fut apportée par Dick lors de cette conférence de 1977 : « Le mieux que je puisse faire […] est de jouer le rôle de prophète, de ces anciens prophètes, et d’oracle comme la sibylle de Delphes… ». Et il ajouta en une autre occasion : « Je suis engagé dans l’une des plus importantes quêtes qu’un humain puisse entreprendre : rien moins qu’une mise à jour du concept de la divinité ». Un commentaire que l’on rapprochera de la proclamation ultime d’Ubik, la divinité à la manœuvre en coulisse dans le roman éponyme (1969), après qu’au fil du roman elle s’est fait passer d’abord pour un soda, une marque de café, un déodorant, un plat préparé, un condiment, un produit d’entretien, et ainsi de suite : « Je suis Ubik. Avant que l'univers ne soit, je suis. J'ai fait les soleils. J'ai fait les mondes. J'ai créé les vies et les lieux qu'elles habitent ; je les déplace ici ; je les mets là. Elles vont comme je dis, elles font ce que je leur dis. Je suis le verbe et mon nom n'est jamais prononcé, le nom que personne ne connaît. On m'appelle Ubik, mais ce n'est pas mon nom. Je suis. Je serai toujours ».

Dick affirme être un prophète

« Mon rôle est celui de prophète » : la chose passa inaperçue à Metz, même si la conférence tout entière progressait inéluctablement vers l’aveu d’un tel credo. Il ne s’agissait pas là d’une métaphore : Dick se situait comme un prophète dont la mission était de porter la parole de son dieu et, en écrivant de la science-fiction, il s’acquittait d’un devoir. Toutefois, précision essentielle de sa part : il ne s’agissait dans ses textes ni de science, ni de fiction : les récits qu’il couchait sur le papier étaient ceux d’aventures qu’il avait vécues, dans des mondes parallèles.

L’histoire a retenu cette affirmation qu’il ne s’agissait pas de fiction selon lui, et en a tiré la conclusion que le malheureux était fou, et que ce qu’il décrétait avoir été des événements vécus par lui avaient été autant d’hallucinations. Pas étonnant du coup qu’à l’époque sa profession de foi selon laquelle il était prophète, n’ait pas été rejetée mais pas même relevée, pas même entendue.

Dick est auteur de « théologie-fiction »

Mais bien d’autres éléments sont là, faisant douter du bien-fondé du diagnostic de « fou » porté sur Dick, et en particulier sa propre évaluation d’un tel diagnostic. Mais il faut, pour cela, opérer un détour.

Alors que les textes de Dick qualifiés de « science-fiction » se déroulent dans un futur situé le plus souvent à une trentaine d’années de distance, plusieurs de ses récits se passent en ce moment même, et méritent, à plus juste titre que le label de « science-fiction », celui de « théologie-fiction ». C’est le cas en particulier de VALIS (1981) et de The Transmigration of Timothy Archer (1982), deux ouvrages où il n’est question en fait que de théologie, un label que l’auteur revendiquait puisque Dick écrivait en ce sens dans VALIS : « L’époque de la drogue était révolue, et chacun s’était trouvé un rôle dans une nouvelle obsession. Pour nous, cette nouvelle obsession, grâce à [Philip K. Dick], était la théologie ».

Un fou peu convaincant

J’ai mis « Philip K. Dick » entre crochets car dans VALIS, l’auteur se met en scène sous le pseudonyme constitué d’une traduction humoristique de son nom : « Horselover Fat », soit « Ami-des-chevaux Gros ». « Ami des chevaux » est l’étymologie du nom grec Philippe (phil - hippos), tandis que « gros » est la traduction de l’allemand « dick ».

VALIS est l’acronyme de « Vast Active Living Intelligence System » : vaste système actif d’intelligence vivante, un ouvrage où Dick se met doublement en scène : une première fois en tant que Philip K. Dick, narrateur de l’ouvrage, et une seconde fois en tant que ce personnage de roman affublé du nom cocasse de Horselover Fat. Il est écrit en page 11 : « Je suis Horselover Fat, et j’écris ceci à la troisième personne pour parvenir à une objectivité bien nécessaire ».

Particularité tout à fait remarquable de cet ouvrage : la dissociation extrême que nous observons entre ces deux personnages : le Philip K. Dick narrateur évoquant en troisième personne le Philip K. Dick personnage central du roman.

Ainsi, les faits et gestes, d’une part, les façons de penser, d’autre part, de Horselover Fat rapportés dans VALIS reflètent fidèlement ce que l’on sait par les témoignages d’époque de la manière dont Dick se comportait quand il rédigeait ce livre en 1978, à savoir comme un malade mental affirmant recevoir des instructions d’origine céleste par le biais de faisceaux lumineux roses, et convaincu d’avoir vécu quatre ans auparavant une double expérience simultanée d’auteur vivant en Californie et de martyr chrétien des premiers temps (il affirmait ainsi avoir vécu, comme étant la sienne propre, la décapitation de Jean-Baptiste).

Mais en contrepoint de ce Horselover Fat, nous avons affaire à un narrateur qui évoque ce personnage d’un ton goguenard et souvent avec condescendance, comme un fou prêt à attribuer à des épisodes banals de la vie quotidienne, une signification mystique au sein d’une chronologie apocalyptique de réalisation prochaine du royaume de Dieu sur terre, un bouffon ayant essentiellement besoin d’aide. Il est ainsi écrit en page 17 de VALIS : « Horselover Fat glissait par degrés dans la folie. J’aurais souhaité pouvoir l’aider ».

L’explication que donne Dick de la folie de son alter ego Horselover Fat est la déchéance qu’a entraînée une addiction à la drogue sur une période prolongée. Le narrateur écrit ainsi : « Une question à laquelle nous avons dû apprendre à faire face pendant la décennie de la drogue était : "Comment annoncer à quelqu'un que son cerveau est grillé ?" La question était maintenant passée dans le monde théologique de Horselover Fat comme un problème à résoudre par nous, ses amis. Il aurait été simple de relier les deux dans le cas de Fat : la drogue qu'il a consommée pendant les années 60 lui a cramé la tête dans les années 70 ».

Il y a donc dans VALIS un très étonnant dédoublement de la personnalité : d’une part, un personnage correspondant en tout point au véritable Philip K. Dick, dont les compagnes successives et les amis de l’époque affirment avec un bel ensemble qu’il était fou et, d’autre part,en retrait, l’auteur de cette quasi-autobiographie, maître de ses moyens, faisant preuve d’une stupéfiante lucidité, disséquant avec la froideur clinique d’un médecin-légiste le comportement de ce fou, dont rien ne suggère qu’il soit autre que le même Philip K. Dick.

Dans une lettre datée de 1981, Dick prolongeait l’exercice : « Tous ceux qui ont lu mon récent roman VALIS savent que j'ai un alter ego nommé Horselover Fat, qui reçoit des révélations divines (du moins le croit-il : il pourrait s'agir de simples hallucinations, comme le pensent les amis de Fat). [...] Eh bien, Fat a eu une autre vision : celle qu'il attendait. [...] Pauvre Fat ! Sa folie est maintenant achevée car il suppose que dans sa vision il a vu le nouveau sauveur. J'ai demandé à Fat s'il était sûr de vouloir parler de cela car il ne ferait que corroborer le caractère pathologique de son état. Il m'a répondu : "Non, Phil, ils vont penser que c'est toi". Maudit sois-tu, Fat ! de m'avoir conduit dans ce double bind (double contrainte anxiogène car combinant deux exigences contradictoires) ».

La schizophrénie

Comment Dick lui-même aurait-il expliqué l’incongruité du « Jaurais souhaité pouvoir laider », qu’il émet à propos de son alter ego ? Nous connaissons la réponse : à partir précisément du dédoublement de la personnalité propre à la schizophrénie. Si nous le savons, c’est à partir du personnage d’un schizophrène que l’on trouve dans The transmigration of Timothy Archer, le dernier roman que Dick écrirait en 1981, publié en 1982 peu de temps après sa mort, relevant, comme je l’ai dit, de la « théologie-fiction ».

Car si VALIS est un ouvrage biographique, en tant que mémoires romancés de son auteur, The Transmigration of Timothy Archer est la biographie romancée de James Pike (1913-1969) : la véritable identité de « Timothy Archer », un évêque de l’église épiscopalienne (le pendant aux États-Unis de l’église anglicane en Grande-Bretagne). Pike fut accusé d’hérésie de son vivant pour sa remise en question du Saint-Esprit comme troisième composante de la Sainte Trinité. Pike fut à une époque le beau-père de Dick, celui-ci ayant épousé la belle-fille de la compagne de Pike. C’est Pike qui avait officié lors de la cérémonie de mariage de Dick avec sa parente par alliance.

La compagne de Pike a dans le roman un fils schizophrène nommé Bill. Par ailleurs, à l’instar de Pike lui-même, son alter ego Timothy Archer tente par divers moyens de communiquer avec son fils décédé. Le coup de théâtre du roman intervient quand, après la mort accidentelle de son beau-père, Bill fait savoir à Angel, la narratrice, veuve du fils décédé, qu’il est lui désormais à la fois Bill et Timothy Archer réincarné, ce dont il apporte diverses preuves, étant capable de réciter des passages de Dante en italien médiéval, comme Archer/Pike avait la capacité de le faire, ou rapportant à Angel un incident dont elle et Archer sont les seuls à connaître l’existence.

Cette épiphanie apparaîtrait comme le comble de l’invraisemblance si elle n’avait été amenée de main de maître, comme le point d’orgue du déroulement implacable du récit.

Faux schizophrène, vrai prophète

Cependant, un ou une schizophrène ne dispose pas d’une maîtrise de la représentation de sa propre personne qui lui permettrait, à lui ou à elle, de jouer ce jeu à deux personnages, authentiques images inversées l’une de l’autre. Par conséquent, l’un des deux, du narrateur de VALIS ou de Horselover Fat, est le véritable Philip K. Dick. Car si une personne douée de toute sa raison peut simuler le comportement d’un fou avec plus ou moins de vraisemblance, un fou ne dispose pas du moyen d’incarner à la perfection une personne douée de toute sa raison - sans quoi il ne serait jamais passé pour fou. Cela nous conduit à penser que Philip K. Dick est le narrateur rationnel de VALIS et Horselover Fat, un personnage de roman. Si ce n’est qu’on se heurte ici aux faits d’observation, les témoins à l’époque de la rédaction de VALIS et de The Transmigration of Timothy Archer étant en effet unanimes (y compris son psychiatre dans divers entretiens, même s'il est prudent quant aux termes qu’il emploie) : Philip K. Dick est fou.

La psychiatrie nous mène donc par deux canaux distincts à des conclusions contradictoires : par l’observation, que Dick était fou, et par le raisonnement, qu’il ne pouvait pas l’être.

Le dilemme étant entier, il nous force à un pas en arrière, que voici : affirmer avec force et conviction dans notre monde que l’on est prophète au sens biblique, comme Dick le déclara à Metz, suffit à vous faire considérer comme fou par la médecine aussi bien que par votre entourage.

Admettons alors à titre d'hypothèse que Philip K. Dick, né à Chicago en 1928, mort à Santa Ana en 1982, était bien, comme il le prétendait, un prophète réceptacle de révélations divines. Dans ce cas, Horselover Fat est un prophète pris à tort pour un fou, tandis que le narrateur est un imbécile hurlant avec les loups quand il prétend que Horselover Fat est un fou qu’il prend personnellement en pitié. Ce qui inverserait la donne : Horselover Fat est l’auteur de VALIS et son véritable narrateur, à savoir Philip K. Dick, alors que le narrateur est un personnage de fiction, fruit de l’imagination de Dick.

Mais dans ce cas-là, à quoi peut bien servir ce narrateur ami du sens commun et à qui les arcanes du diagnostic psychiatrique sont familières ? La réponse va de soi : à faire passer des prophéties bénéficiant de la caution divine, pour des récits de science-fiction, à travestir en manifestations inoffensives d’un genre littéraire mineur, le message révolutionnaire d’une nouvelle religion.

À quoi cette nouvelle religion pourrait-elle bien ressembler ? Tous les éléments en sont accessibles au sein de l’œuvre écrite de Dick. Et un excellent résumé nous en fut offert par lui à Metz, le 24 septembre 1977 :

« Le mieux que je puisse faire […] est de jouer le rôle de prophète, de ces anciens prophètes, et d’oracle comme la sibylle de Delphes, et de parler d’un merveilleux monde-jardin, très proche de celui dont il est dit que nos ancêtres l’habitèrent autrefois – en fait, j’imagine parfois qu’il s’agit précisément de ce même monde restauré, comme si une fausse trajectoire de notre monde allait finalement être parfaitement corrigée, et que nous serions à nouveau là où il y a plusieurs milliers d'années nous vivions et étions heureux : [...] notre demeure légitime que nous avions en quelque sorte perdue. [...] Ce qui m'a le plus surpris dans ce monde aux allures de parc [...], ce sont les éléments non chrétiens qui en constituent le soubassement. [...] Je voyais une étendue de terre et une eau lisse d’un bleu profond et, se tenant sur son bord, une splendide femme nue en qui je reconnus Aphrodite. [...] J'avais la ferme impression que c'était l'autre monde – non pas celui des chrétiens – mais l'Arcadie du monde païen gréco-romain, quelque chose de plus ancien et de plus beau que ce que ma propre religion peut convoquer comme appeau pour nous maintenir dans un état de moralité empreinte d’un sens du devoir et de foi ».

Le style de Dick : celui du témoin

Conformément à la conviction de Dick selon laquelle ses textes sont des récits et non de la fiction, il écrit dans un style utilitaire : pour se rendre d’un lieu à un autre, il ne s’encombre que du bagage le plus léger. Il y a des dialogues, et des soliloques, en quantité et, pour les séparer, la description d’actes ayant lieu, et surtout les délibérations des protagonistes, débouchant sur ce que nous les entendons dire. Il n’y a pas de description détaillée de personnages : leur sexe, leur âge, la liste des vêtements qu’ils portent, la matière, la couleur et le motif, c’est tout. Pas même une réflexion sur le style de leur habillement et ce qu’il pourrait révéler. Jamais rien sur la forme d’un nez, la couleur de certains yeux, l’allure générale d’une coiffure. Tout ce qui manque pour donner chair est abandonné, selon l’expression consacrée, « à l’imagination du lecteur ».

Soyons franc, c’est ce qu’on appelle « ne pas bien écrire ». Et c’est ce qui explique que l’on lise ici ou là que ceux des livres de Dick qui ne relèvent pas de la science-fiction (l’ensemble étant écrit d’un style uniforme) ne présentent pas grand intérêt. La raison pour les lire, c’est l’histoire qui y est narrée : une histoire toujours à vous faire exploser la tête, mais de l’histoire vraie, nous est-il enjoint d’admettre : « toute ressemblance entre la fable racontée ici et des personnes réelles n’est nullement fortuite : elle est intentionnelle », affirme Dick car « ces récits des États-Unis sous la botte nazie, de la terraformation de la planète Mars, de la révolte de Massada en l’an 74, c’est là l’histoire véridique de ma propre vie ».

Références :

Philip K. Dick, Ubik [1969], New York : Vintage Books 1991
Philip K. Dick, VALIS [1981], New York : Vintage Books 1991
Philip K. Dick, The Transmigration of Timothy Archer, New York : Timescape Books 1982
Philip K. Dick, « If You Find This World Bad, You Should See Some of the Others », Conférence de Metz 1977, in Sutin 1995, pp. 233-258
Lawrence Sutin (éd.), The Shifting Realities of Philip K. Dick, New York : Vintage Books 1995
Philip K. Dick : A Day In The Afterlife, Documentary about the author, Philip K. Dick, BBC Arena 1994.

[1] Adaptation de son livre Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

Paul Jorion

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