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Échos de la vie littéraire

On ne dirait pas comme ça, mais attribuer un prix du Roman de la nuit est une sacrée gageure. Réfléchissez-y une minute. Dans un film, on voit bien quand il fait nuit ; dans un roman, si le narr...

On ne dirait pas comme ça, mais attribuer un prix du Roman de la nuit est une sacrée gageure. Réfléchissez-y une minute. Dans un film, on voit bien quand il fait nuit ; dans un roman, si le narrateur ne le dit pas, impossible de le deviner. Prenez-en un qui se passerait tout entier dans un appartement, comme chez Christian Oster ou Thomas Clerc. Comment savoir ? Bref : dans un roman, tant qu’il ne fait pas explicitement jour, il fait potentiellement nuit.

Chez Castel (Paris), la nuit est une affaire sérieuse. On s’y épanouit, on s’y déploie. La sorgue est leur métier depuis 1962, année de la mort de Gaston Bachelard (et de la naissance de mon père, mais rien à voir) – l’épistémologue aurait adoré l’idée de « roman de la nuit ». Ce soir du 12 mars où l’on remet le prix pour la troisième édition, personne ne porte la longue barbe blanche à sa manière – PPDA, président du jury, est aussi glabre qu’à la télé.

La soirée est présentée par un mammifère nocturne nommé Jérôme Attal. Il aime tant la nuit qu’il porte des lunettes noires en plein jour, la chose est notoire. Les livres en lice sont brièvement présentés, ainsi que Mélinda Hélie, la nouvelle directrice du lieu, qui porte une robe longue, fendue volontairement façon Fontana. Un convive s’exclame : « Il y a plus de monde que sur les ronds-points ! » Facile, un soir de semaine, quand les gilets jaunes travaillent. Un des membres du jury dit du roman de Kiko Herrero, El clinico : « On ne voit pas que c’est écrit en espagnol. » Le fait que ce soit traduit en français y est peut-être pour quelque chose.

On croise Chris Esquerre, le jeune écrivain Simon Johannin, et David Foenkinos, bien sûr. Quelqu’un dit : « Pour trouver les chiottes, il faut suivre le bruit des Dyson. » Construite comme un mantra de développement personnel, cette phrase pourrait figurer sur Instagram, avec un fond de soleil couchant. Et le roman qui emporte le prix ? Les Nuits d’Ava, de Thierry Froger. Ma voisine : « C’est pour Ava Gardner ? » Affirmatif. Thierry Roger reçoit un dessin original de Roland Topor, des mains de la créatrice du prix, Marie Binet.

[Clément Bénech est écrivain. Il a publié trois romans (Flammarion) et un essai (Plein Jour).]

Clément Bénech

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