Isabelle Lévesque

Avant le désastre

L’épigraphe est empruntée à la tragédie de Shakespeare la plus sanglante, Titus Andronicus : on s’y massacre, mutile, brûle, et même dévore en famille. C’est la fin d’un empire, d’un monde. Devant ...

Naissance du poème

L’Enclos du vent, par sa paradoxale assise, offre la surprise d’un complément du nom qui dément la clôture : le vent transporte, il éloigne, il ignore les frontières. La liberté, il l’exerce sans c...

Ève, le livre

Dans le trouble, le titre. Au féminin, qui est mort ? Chaîne rompue. On peut entendre le début de L’Étranger : « Aujourd’hui, maman est morte. » Un passé composé, le fil est coupé. Dans le labyrint...

L’été sans fin

Avec les deux épais volumes d’Été, publiés en 2005 et en 2010, Bernard Chambaz avait composé une sorte de monumental « Tombeau de Martin » avec mille et un poèmes organisés en dix chants (cinq par ...

Les lois de l’hospitalité

Ceux du lointain, on les nomme « migrants » pour ne rien savoir d’eux, d’où ils viennent ni pourquoi. Ils disparaissent de notre vue : « Pauvres gens à qui nous enlevons mêmela petitesse d’un pré-...

Nos vies inabouties

Le titre du livre, Sommes nous, sixième ouvrage de Sofia Queiros, s’écrit sans trait d’union : pas une question, l’intégrité du verbe, le poids du pronom. La voix cherche son identité, « je » agit ...

Vers l’inatteignable

En octobre 1996, l’auteur du Journal d’un manœuvre (Gallimard, 1990) et de Lettres à la bien-aimée (Gallimard, 1995) entre volontairement, pour deux mois, à l’hôpital psychiatrique de Cadillac, prè...

Écrire dans la déchirure

Le titre du livre, S’effondrer sans, semble incomplet, sa préposition n’étant suivie d’aucun mot. De quel côté irait ce mot manquant ? Quel appui pour arrêter la chute ? Une peinture de Daphné Bit...

Le fil fragile

Le fil de la couverture, présent sur tous les livres de ces éditions, convient particulièrement à Va. Le titre à l’impératif est-il injonction ou acceptation ? Début d’un conte ou d’une genèse : «...

« Le poème est solitaire »

Comme le montre Daniel Heller-Roazen, la fonction des poèmes les plus anciens était certainement sacrée, langue secrète de castes sacerdotales ou prières, langue des dieux. Mais ces « langues obscu...

Poétique de la douleur

« Mélancolie ». Ce joli mot d’un temps défait se prolonge en quatre syllabes. Deux consonnes liquides encadrent une occlusive, seul son qui accroche au centre et offre une résistance à la mélodie d...

Des mots, des silences et des choses. Le refus en héritage

Ce non est ancré dans la mémoire affective de l’auteur, il a forgé son rapport aux mots et à la vie. La première des sept sections du livre, « Le livre la table la lampe », raconte la mort du père,...

Territoire de l’attente

Nous connaissions La Vie mode d’emploi, de Georges Perec, Du bon usage des maladies, de Blaise Pascal. Voici La Vie à l’usage, de Manuel Daull. Cet usage sans complément nous annonce qu’il ne s’agi...

La poésie n'a rien d'un aimable divertissement

Les auteurs font de l’histoire de la poésie un récit qui ne peut que prêter à polémique. Entre désaccord violent et adhésion enthousiaste, on sait que la poésie n’a rien d’un aimable divertissement...

Choisir son camp ?

La périphrase contourne le nom. Qui sont-ils, « ceux-là » ? Pourquoi cette malédiction ? La première encre noire de Jean-Gilles Badaire nous propose la longue silhouette macabre et menaçante d’une ...

Mesure et non-mesure

Ce nouveau recueil de Patrick Wateau nous confronte à ce que les guerres font des corps : civils massacrés, martyrisés, sont gens de guère. L’inscription de mort précipite le vivant. Patrick Watea...

L’énergie du spatialisme

Dans ces volumes, il est question de nombreux mouvements d’une poésie alors considérée comme « expérimentale » ou d’« avant-garde » : poésie concrète, visuelle, sonore, phonique, phonétique… Pierre...

La pensée, la forme et le corps

Le chiffre romain du titre renvoie au volume publié voici vingt-quatre ans par Unes. La forme de ce nouveau livre est la même : une longue suite ininterrompue de poèmes en prose, chacun portant un ...

La langue révoltée

Courir essoufflé, devant la nuit courir et suivre en double file Yannick Torlini. Sa langue éloigne : des sentiers battus. Elle abat les cartes droites et bien rangées. Il faut accepter de se laiss...

Pierres levées

D’abord, il faut couper les pages pour les lire : cet acte fonde la lecture, Marc Dugardin y fait allusion dans sa préface, comme si la coupure, et non la suture, faisait émerger les vivants mots q...

Fidélité à l’ennui

Après le passé simple et le passé composé, nous découvrons avec Armand Dupuy un autre temps de conjugaison, le « présent faible », faible comme ce « e », improprement nommé « e muet », qui peut se ...

Des poèmes lucioles

Si ce livre est organisé très classiquement, il se distingue d’abord par l’association d’une très grande cohérence de l’ensemble et d’une totale diversité des formes utilisées pour ses trois partie...

(Re)devenir sapiens

Arriver à l’aube, après une marche de 250 km, là où notre humanité a commencé : rejoindre la grotte de Lascaux et les abris sous roche de nos ancêtres Homo sapiens. Origines plus proches aussi, pui...

Ce mot impossible à dire

Après Sur la table inventée en 2014, Jacques Brémond réédite Entre l’eau et la feuille, publié en 1991 par Arfuyen, un an après Le Journal d’un manœuvre

Une célébration du vivant

Tracé du vivant : la secousse et, malgré l’aboutissement imparable, le cri de vivre enregistré sur un sismographe. L’inéluctable n’ayant plus à être prouvé, l’écoulement sera l’aiguillon de vivre. ...

Un jardin de poèmes

Le premier poème nous introduit au cœur d’un chantier broyeur de montagne : « Orgues, non : ressassement brut. Gravier, cailloux, sable s’engouffrent dans l’oreille – hoquetant, leur tri à longue...

Écrire sans appui

Pour construire le récit d’une vie, comment procéder ? Dans le roman de Virginia Woolf Les Vagues, Bernard note des phrases dans un carnet, suivant l’ordre alphabétique, dans l’intention d’écrire u...

Fils de trame et fils de chaîne

Camus écrivait dans ses Carnets, en septembre 1937, après la visite du Cloître des Morts de la basilique de la Santissima Annunziata de Florence : « Les nuages grossissent au-dessus du cloître et l...